Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les Voies Libres

Les Voies Libres développe les sujets suivants : l'art et la culture, la spiritualité, l'ésotérisme, la numérologie, l'histoire, les traditions, l'écologie, les sciences, le paranormal

Jung et l'alchimie, ou la psychologie des profondeurs

Publié le 19 Août 2019 par Angélique in Ecologie, Jung, Science

Par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie

La rencontre de Jung avec l'alchimie date de 1928 (il a 53 ans) lorsque le sinologue Richard Wilhelm (qui a déjà étudié et traduit le Yi King) lui adresse un texte "le Mystère de la Fleur d'Or" et lui demande d'en écrire un commentaire psychologique, ce que Jung fera. Le Commentaire sur le Mystère de la Fleur d'Or aujourd'hui traduit et publié. Il s'agit d'un traité d'alchimie taoïste qui décrit les 4 étapes d'une "révolution de la lumière" ayant pour terme l'éclosion d'un germe immortel, une nouvelle naissance de l'être.

 

Jung retrouve dans ce texte l'écho de ses propres recherches d'alors : les mandalas qu'il dessine et ceux de ses patients lui paraissent l'exacte réponse à l'alchimie spirituelle de l'ouvrage chinois. Cette rencontre peut être interprétée comme un exemple remarquable des "synchronicités" auxquelles Jung consacrera par la suite un essai. Elle marque en tout cas brutalement la fin définitive de sa période difficile commencée en 1913 (il met fin au Livre Rouge en 1930 au milieu d'une phrase) et ouvre la voie aux recherches systématiques sur l'alchimie qu'il ne cessera alors d'effectuer, jusqu'à sa mort.

 

Il ne cessera alors de montrer l'étonnant parallèle existant entre les images des vieux traités alchimiques et les productions oniriques issues des rêves et dessins de ses malades ou de lui-même.

 

"Je retrouvai ainsi enfin le sol qui avait été la base de mes propres expériences, durant les années 1913 à 1917 ; car le processus par lequel j'étais alors passé correspondait au processus de métamorphose alchimique."
Ma vie, page 244

 

S'il y a concordance entre les images de l'alchimie et celles de l'inconscient de l'homme moderne, cela démontre  l'existence des archétypes et de l'inconscient collectif. Dans son livre Psychologie et alchimie, il écrit :

 

« Le secret de cette philosophie alchimique, c'est la métamorphose de la personnalité, grâce au mélange et à la synthèse de ses facteurs nobles et de ses constituants grossiers, de l'alliage des fonctions différenciées et de celles qui ne le sont pas, en bref, des épousailles, dans l'être, de son conscient et de son inconscient. »

 

Qu'en est-il de l'alchimie au moment où Jung étudie cette discipline et en réalise le parallèle avec la psychologie des profondeurs ?  Elle est souvent accablée de sarcasmes, ou au mieux d'une indulgente commisération par les esprits positifs qui voient en elle un stade pré-scientifique de la pensée. Elle ne se remet guère de l'exécution qu'en a faite le scientisme au 19ème siècle. Bachelard fut un des premiers à lui redonner une place de choix dans ses études sur l'imaginaire, mais elle continue son cheminement souterrain, grâce à certains, comme le mystérieux Fulcanelli, puis Eugène Canseliet.

 

En tant qu'expression de la tradition hermétique, l'alchimie n'a jamais cessé d'exister. Sous sa double forme, spirituelle et opérative, l'alchimie est l'expression d'une tradition qui remonte à Hermès Trismégiste, et qui, à travers Babylone, l'Egypte et le monde arabe, s'est répandue en Occident, constituant une des voies de l'ésotérisme. En Orient, on trouve aussi cette tradition en Chine, notamment dans le taoïsme.

 

Chaque adepte se propose de régénérer la matière en accélérant l'évolution des métaux et en les purifiant jusqu'à l'obtention de la Pierre Philosophale (ou elixir de jouvence) ; cette transmutation met en jeu les 4 éléments, 3 principes (Soufre, Mercure, Sel) et l'énergie cosmique tout entière. L'alchimiste cherche à parachever le travail de la Nature, en respectant et en admirant le travail du Créateur.

 

La suite, c'est par ici...

Commenter cet article