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Les Voies Libres

Les Voies Libres développe les sujets suivants : l'art et la culture, la spiritualité, l'ésotérisme, la numérologie, l'histoire, les traditions, l'écologie, les sciences, le paranormal

Le Chemin du Ciel Chymique

Publié le 11 Mars 2020 par Angélique in alchimie, ésotérisme

de Jacques Toll (1630-1696)

Bien des gens m'accuseront de témérité et de présomption, lorsqu'ils verront que j'ose entreprendre d'instruire ici de tres-sçavans Hommes dans l'Art Chymique, en leur enseignant des choses qu'ils ont ignorées jusqu'à présent, ou leurs faisant remarquer celles qu'ils ont mal entendues: moy, dis-je, qui suis bien éloigné de la parfaite connoissance de cet Art. Mais il m'importe peu quel jugement l'on fasse de moy, pourveu que je puisse être utile au Public. Si les Sçavans trouvent ici quelque chose qui ne soit pas de leur gout, la sincérité avec laquelle j'écris doit bien moins m'attirer leur indignation que me servir d'excuse auprès d'eux.

Et certes, soit que l'erreur m'ait aveuglé comme beaucoup d'autres, ou qu'un travail plus certain m'ait conduit à la vérité, il est toujours tres-asseuré que bien des gens auront cet avantage, qu'à l'avenir ils se retireront et des dépenses inutiles qu'ils font par des travaux infructueux, et de la perte du temps qui leur doit être si précieux et si cher.

La méthode que je me suis proposée pour faire un Ouvrage si excellent et si beau, est toute différente de celle que les autres ont suivie. Dans chemin si glissant et qui conduit tant de personnes au précipice, j'ai pour guide le sçavant Paracelse, et le fameux Basile Valentin, encore mille fois plus docte et plus instructif que luy.

J'avois déjà résolu de disposer des vaisseaux ; j'avois commencé la préparation du Mercure, suivant la doctrine de Philalete, par plusieurs lotions et triturations ; je dissolvois et purgeois des Métaux avec des Vinaigres et des Eaux fortes, lorsque par un bonheur inopiné, il me tomba entre les mains un Livre intitulé : Le Cabinet hermétique. Je lus ce Livre avec une avidité extraordinaire, sans y rien comprendre: mais après avoir reconnu que Paracelse ne s'estoit point ressouvenu des choses que l'on avoit confié à sa bonne foy, je commencé d'examiner avec plus d'exactitude la nature des Métaux, et de la conférer avec les expériences que les autres en avaient déjà fait. Enfin l'esprit plus éclairé qu'auparavant, je m'apperçu que personne ne suivait le vray chemin, et que tout le monde perdait son temps et son argent : Je resolus de prendre une route toute différente, et de suivre celle que cét Adepte avait inutilement recommandé à nôtre Paracelse. Laissant donc à part tous les sentimens différents, je me suis proposé cette règle certaine avec laquelle je puisse heureusement parvenir à la fin de ma carrière.

Que la Pierre des Philosophes doit être faite en trois ou quatre jours.
Que la dépense ne doit point excéder la somme de trois ou quatre florins.
Et qu'enfin un seul creuset ou vaisseau de terre suffit.

Et j'estime qu'il faut rejetter toutes les propositions qui ne s'accorderont pas avec ces trois Aphorismes. Prévenu de la sorte, Basile Valentin m'a esté d'un grand secours, car après avoir fait représenter un creuset dans ses premiers clefs, il ordonne de continuer par cette voye, et de laisser là tous autres vaisseaux, le feu de lampe, de fien de Cheval, de cendre, de sable, et de flâmes ; et d'appliquer son esprit aux plus profonds mystères de l'Art.

Aprés quelques legeres épreuves, je me suis trouvé plus éclairé qu'auparavant, et j'ay commencé de voir plus que je n'esperois : Ouy, j'ay veu, mais par un travail et une application d'esprit toute extraordinaire ; j'ay veu, dis-je, des choses que jamais, je pense, personne n'a veu, même en dormant et en songe. J'en ai expliqué quelques choses dans mon Traité intitulé : Des Evenemens imprévûs et fortuits, que je repeterai ici succintement, et même j'y en ajoûteray beaucoup d'autres, pour donner quelque lumiere aux Curieux.

J'ay dit que c'estoit un Ouvrage de trois ou quatre jours; mais s'il faut parler plus exactement, il y en a un qui n'est que de trois heures, car l'Ouvrage est double et partagé en deux, comme celui que l'on appelle, la Pierre des Philosophes. Et c'est en effet une grande erreur et fort frequente parmy les Chymistes, de dire que la Pierre Philosophale n'est telle que quand elle est absolument parfaite ; c'est-à-dire, quand avec le ferment de la Lune ou du Soleil, elle est preparée par la multiplication. Car il y en a une autre qui est imparfaite, que Basile appelle, Tout en tout, et dont il donne la methode dans ses dix premieres clefs, dans l'onziéme le moyen de l'augmenter, et dans la douziéme son entiere multiplication. Je l'appelle imparfaite, si on la compare avec l'autre qui est tres-parfaite ; mais qui cependant est parfaite de soy et de sa nature: ce que je prouverois facilement par les autoritez de Bernard Trevisan, et des autres Adeptes qui en ont écrit.

Ce premier Ouvrage est donc appellé, L'Oeuvre de trois heures, et de trois jours aussi, mais de trois jours Philosophiques, comme je diray dans la suite.

Pour lire la suite, c'est par ici...

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